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Jean-Marie Le Thomas, instituteur de Yan' Dargent à Plouaret

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Yan' Dargent, son élève
Pierre Robée, son petit-cousin
Nouvelle version : suite à ma conférence à St-Servais le 18/7/2026, j'ai ajouté ici les compléments que j'avais donnés ce jour-là.

Recherche de l'instituteur de Plouaret

Georges Hanciau dans son livret Yan' Dargent sa vie et ses oeuvres, publié en 1889, nous dit que Yan' Dargent à la mort de sa mère fut confié "à l'un de ses oncles nommé Thomas, vieux chouan, maître d'école à Plouaret ...", sans plus de précision. Certains, comme dans le catalogue des oeuvres présentées en 1989, n'ont pas hésité à dire que "Pierre Robée confie l'enfant à Thomas Robée, son oncle instituteur à Plouaret".

En travaillant sur la famille de Pierre Robée, de façon très étendue, je n'ai de point trouvé quelqu'un qui se serait appelé "Thomas Robée", ni même quelqu'un qui porte le prénom "Thomas".

En recherchant un instituteur à Plouaret sur ces nom et prénom, j'ai fait "chou blanc". Par contre, le recensement de 1836 à Plouaret le plus ancien connu (AD22 en ligne vue n°6), nous donne ceci :

227 46Le ThomasJean-Marieinstituteurmariéâge 52 ans=> né vers 1784
228 46Guyomar / femme Le ThomasFrançoisedébitante de tabacmariéeâge 31 ans=> née vers 1805
229 46Le ThomasVirginieenfantâge 11 ans=> née vers 1825

Ce Jean-Marie Le Thomas serait-il le "vieux chouan" cité pas Hanciau, "nommé Thomas", sans plus de précision. Serait-il peu ou prou parent à Pierre Robée ?

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Familles Le Thomas et Robée

Jean LE BLANCHE, décédé le 30 janvier 1726, Plouaret, maître.
Marié le 7 octobre 1710, Plouaret, avec Vincente GUIASTRENNEC, décédée le 17 janvier 1726, Plouaret, dont
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Le 18 janvier 1817, lors de la réunion du conseil municipal, "le sieur Jean-Marie Le Thomas, instituteur primaire breveté pour cette commune, [est] appelé à la séance. Lecture lui a été donnée de ce qui le concerne [rétribution mensuelle par section, indemnité pour cours gratuits aux indigents et pour son logement] il a déclaré accepter les conditions prescrites, de remplir avec zèle les obligations de sa place et a signé." Il succède à M. Bonville.

Il restera le seul instituteur à Plouaret jusqu'en 1841, année où sa démission est notifiée par le conseil municipal le 25 mars. M. Payard, instituteur intérimaire, depuis la rentrée des classes, est nommé définitivement instituteur communal.

Plans de Plouaret en 1835 et 1841

 << Nord << Vers Lanvellec << Vers Ploumilliau 1 2 3 4 5
1 Eglise Notre-Dame     2 Chapelle Ste-Barbe     3 Maison de l'instituteur     4 Ecole     5 Presbytère

Cadastre de 1835, section A du bourg

A propos de l'école, François-Marie Luzel a écrit :
" La récréation avait lieu sur la grande place du bourg, à l’ombre des grands marronniers fleuris et des ifs séculaires,
par dessus lesquels pointait gracieusement la flèche de granit du clocher avec le coq de cuivre doré au sommet de la croix. "

En 1838, une nouvelle école a été construite dans un bâtiment qui regroupait l'école et la mairie.

 << Presbytère ECOLE et
MAIRIE
<< Maison de l'instituteur Bourg de Plouaret
plan de 1845

Maison de l'instituteur

 La chaumière a été construite en 1815, comme l'atteste la date inscrite sur le linteau de la fenêtre centrale

Le Thomas, avec son épouse, était déjà marchand de tabac en 1826.
C'est donc dans cette maison que logea Yan' Dargent lors de son séjour à Plouaret.

"... on octroya à Jean-Marie Le Thomas un bureau de tabac installé dans une grande chaumière construite en 1815, à l'angle des routes de Ploumilliau et de Lanvellec". (Jean Piriou).


La chaumière de Jean-Marie Le Thomas, vue du clocher de Plouaret
Elle se trouve à l'angle de la route de Lanvellec et du chemin de Kerandic (ou Keraudy) à droite
Juste après la chapelle Sainte-Brigitte que l'on voit sur la gauche

L'école

Portrait de l'instituteur

Nous allions ainsi à l’école chez un vieux magister de village, à la trogne enluminée et accidentée d’éminences mamillaires, comme un vieux tumulus gaulois labouré par les taupes. Le brave homme n’avait jamais secoué bien rudement l’arbre de la science, quoiqu’il eût quelque temps porté la soutane, quoiqu’il chantât fort au lutrin de la paroisse et mit ses plus chères délices à faire journellement de nombreuses libations au dieu Bacchus. Io ! évohé ! évohé ! Malgré tout cela ou à cause de tout cela, peut-être, c’était un excellent homme, et chaque fois que je vais saluer le coq en cuivre doré du clocher de mon bourg, j’éprouve un bien doux plaisir à lui serrer la main, et à lui faire quelque citation d’Horace, de Virgile, d’Ovide ou de Cicéron, qu’il ne comprend guère 1, il est vrai ; mais cela lui donne une haute opinion de mon savoir, et le rend tout fier d’avoir fait un tel élève. Mais ce qui lui plaît bien plus que tout cela, c’est la libation obligée à Bacchus, le seul dieu, je crois, auquel il ait conservé un culte bien fervent.

Le brave homme ! je lui ai depuis longtemps pardonné les pensums, les pains secs, et les heures passées à genoux au milieu de la classe, pour avoir mêlé à mon français force expressions bretonnes (le breton était proscrit), pour arriver presque tous les jours trop tard en classe, avec des thèmes et des versions incomplets, et faire l’école buissonnière le plus souvent que je le pouvais, vieille habitude dont je n’ai jamais pu me défaire complétement, du reste. Et qui donc n’a jamais fait un peu l’école buissonnière ? Ah ! si vous saviez comme la route qui mène de Keramborgn au bourg de Plouaret est faite pour inviter à l’école buissonnière, et envoyer à tous les diables thèmes, versions et maître d’école, vous seriez disposé à l’indulgence et ne vous presseriez pas de me condamner, ni de me crier : Au fait ! au fait ! Veniamus ad eventum ! fussiez-vous maître d’école même ! Mais j’y songe, il n’y a plus de maîtres d’école, il faut dire instituteur primaire, n’est-ce pas ? ...

François-Marie Luzel dans Henora Lestrezec

 

1 Le jugement de Luzel est sans doute un peu hâtif ! Il ne savait peut-être pas que Le Thomas était bachelier es lettres et qu'il avait écrit le dictionnaire manuscrit de Brezal. Mais il savait pourtant qu'il avait porté la soutane et donc qu'il avait eu une instruction sérieuse dans un collège, d'autre part à Plouaret il enseignait le latin.

Les élèves

En 1831, l'école "contient 80 à 100 élèves tant de la commune de Plouaret que des communes circonvoisines" (source délibération du conseil municipal du 4/12/1831).
En 1838, on a construit une nouvelle école dans un bâtiment qui regroupe l'école la mairie : "Elle est tenue par M. Lethomas, et l'on y compte 128 enfants de l'un et l'autre sexe" (source Annuaire des Côtes-du-Nord de 1839).

Cela fait beaucoup d'élèves pour un seul maître. Cependant on sait qu'à cette époque l'absentéisme était important. Pour autant, en 1831, le sous-préfet de Lannion essaie de susciter la mise en place d'un enseignement mutuel. Dans ce type d'enseignement quelques élèves, les meilleurs reçoivent les connaissances directement auprès du maître et les transmettent ensuite aux autres élèves. Mais cette proposition du sous-préfet n'a pas été retenue par le conseil municipal. Après le départ de Jean-Marie Le Thomas en 1841 il y aura deux enseignants à Plouaret : un maître et une maîtresse.


Qui ont été les élèves bien connus ?
Yan' Dargent (1824-1899), bien sûr, au début des années 1830.
Mais aussi Francois-Marie Luzel (1821-1895), Fañch an Uhel e brezhoneg.


Luzel, portrait par Yan' Dargent

François-Marie Luzel

Luzel publie un recueil de poèmes personnels en 1865, Bepred Breizad. Il y célèbre la Bretagne, son peuple et sa langue. En 1943 paraîtra un autre livre, Ma c'horn bro.

Il collecte un énorme corpus de chants, contes, légendes et pièces de théâtre et put en faire la matière de plusieurs livres. L'essentiel de cette abondante collecte se fit dans tout le Trégor. Marguerite Philippe (en breton : Marc'harit Fulup) est la plus connue des personnes dont il a collecté la mémoire.

En 1868, il commence à publier les résultats de ses collectes. D'abord les Gwerziou (« Chants » ou complaintes), puis les Soniou (« Chansons »). Le second volume de gwerziou parait en 1874. Puis Luzel se consacre à la publication des "Contes et Récits populaires des Bretons armoricains".

En 1872, il met en cause l'authenticité des chants du Barzaz Breiz publié par Théodore Hersart de la Villemarqué trente-trois ans plus tôt. Les analyses de François-Marie Luzel seront étayées par Francis Gourvil, Donatien Laurent et Françoise Morvan.

En 1881, il devient Conservateur des Archives départementales du Finistère à Quimper.

 

Autres rôles de Jean-Marie Le Thomas à Plouaret

En plus de son rôle d'instituteur, Le Thomas fut aussi :

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Extrait du registre des délibérations du conseil municipal de Plouaret

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Mais n'oublions pas ses activités militaires ou para-militaires précédentes, à Plouaret et ailleurs :

La tombe de la famille Le Thomas - Corvez à Plouaret

Sur l'un des côtés du socle de la nouvelle tombe familiale, qui a remplacé celle de Jean-Marie Le Thomas, on peut lire l'inscription qui lui correspond.

A côté de ce socle, la famille a conservé la vieille pierre tombale. Contrairement à l'inscription sur la nouvelle tombe, il y est bien inscrit "Le Thomas"  :

Ici repose le corps de Jean-Marie LE THOMAS - Lieutenant sous Napoléon - et Instituteur à Plouaret - Décédé le 21 février ... - Agé de 82 ans

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1 Tombe Corvez - Le Thomas       2 Tombes de la famille Luzel       3 Tombe d'Anjela Duval

Plouaret et Le Vieux-Marché

 Bourg de Plouaret > < Bourg du Vieux-Marché < Traoñ-an-Dour  Run Riou * * Keroue Keramborgn >  

A l'époque qui nous intéresse, Plouaret et Le Vieux-Marché était une seule et même commune. Leur séparation date du 20 mai 1866. François-Marie Luzel habitait au Vieux-Marché à Keramborgn, ce qui lui faisait une bonne distance pour se rendre à l'école du bourg de Plouaret à pied.

De Keramborgn à l'école de Plouaret 2,7 km à vol d'oiseau
" Ah ! si vous saviez comme la route qui mène de Keramborgn au bourg de Plouaret est faite pour inviter à l’école buissonnière. "

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En face, le manoir - A droite, la maison de Luzel, où il organisait des veillées les soirs d'hiver, avec Marc'harit Fulup, notamment.
Plus bas, la maison de Luzel aujourd'hui

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L'école buissonnière

Ah ! si vous saviez comme la route qui mène de Keramborgn au bourg de Plouaret est faite pour inviter à l’école buissonnière, et envoyer à tous les diables thèmes, versions et maître d’école, vous seriez disposé à l’indulgence et ne vous presseriez pas de me condamner, ni de me crier : Au fait ! au fait ! Veniamus ad eventum ! fussiez-vous maître d’école même ! Mais j’y songe, il n’y a plus de maîtres d’école, il faut dire instituteur primaire, n’est-ce pas ?

Comment en effet passer par le village du Keroué sans maltraiter un peu les noyers dont l’ombre s’étend sur le chemin, sans jeter des pierres aux pommes rouges ou jaunes qui sourient ironiquement dans le feuillage vert ; sans faire un peu la guerre aux poules et aux coqs rouges de Gaod Kerborro, et sans s’arrêter au haut du Roz (la colline) pour lancer, par la cheminée, quelques cailloux dans la pauvre chaumière de Jeanne Trédenn, située en bas, sous nos pieds ; comment encore passer devant le moulin et l’étang du Pontmeur sans s’arrêter quelques minutes à voir l’eau jaillir sur la roue du moulin, à admirer les poissons se jouant et se poursuivant dans l’onde transparente, égayés par un rayon de soleil, et à écouter le bruit de la cascade sur les roches moussues et noircies de l’écluse ?

Et le Roz de Rune-Riou, d’un aspect si pittoresque, et le Rubézenn, d’où l’on voit Penn-an-Roho et le Coz-Varc’hat, et Kerminihi, comment passer sans dire chaque matin bonjour à tout cela ?

Je les vois encore d’ici, du fond de ma mansarde, à Paris, où j’écris ces lignes, tout en rêvant du pays, et sans songer que l’heure du sommeil est sonnée. Je connais tous les arbres qui bordent le chemin, jeunes ou vieux, tapissés de mousse et de lierre, ou s’élançant hardiment vers le ciel avec une tige de haute futaie lisse et polie. Il n’en est pas un sur lequel je n’aie grimpé maintes fois pour dérober leurs nids et leurs couvées aux mésanges, aux geais, aux pies...

Tous ces rochers au milieu de la rivière, que de fois m’y suis-je assis en chantant quelque vieille ballade bretonne, et laissant pendre mes deux pieds au fil de l’eau transparente et claire !

O Parisiens, ces bonheurs-là vous sont inconnus, et vous ne pouvez vous imaginer comme ces chers souvenirs chantent doucement dans ma tête et parfument ma mansarde d’odeurs printanières et de bouffées d’air venues jusqu’à moi à travers les landes d’Armor, toutes chargées des émanations des aubépines et des sarrasins en fleur. Ayez donc quelque indulgence pour mes digressions ; sans elles ma petite histoire ne serait rien : et puis, j’ai appelé cette première partie : École buissonnière, il ne faut pas l’oublier.

Nous arrivions enfin au petit ruisseau de Pont-ar-Goazcan, où de malicieuses et gaies jeunes filles étaient toujours à laver et à jaser, et couraient souvent après nous pour nous agacer, ce dont nous nous trouvions bien malheureux.

Quand nous faisions notre apparition dans la classe, elle était, le plus souvent, sur le point de finir ; aussi n’entrions-nous qu’en tremblant, et comme des coupables qui vont s’entendre condamner. Mais une demi-heure à genoux au milieu de la classe, et du pain sec et de l’eau à dîner, qu’est-ce que cela quand on a douze ans ? Et comme nous oubliions vite cette petite et passagère humiliation, lorsque, la classe finie, la porte s’ouvrait pour nous laisser échapper, ou plutôt envoler, comme des oiseaux à qui l’on ouvre la porte d’une volière !


Francois-Marie Luzel     X

Documents divers

Extraits de Si Plouaret m'était conté par Jean Piriou

p. 114 et 115 :

... après l'effondrement de l'Empire, ... la Première Restauration ... l'ordonnance royale du 29 février 1816 organise l'instruction... l'instituteur primaire breveté pour la commune fut Jean-Marie Le Thomas, ancien officier de la Grande-Armée, qui ajoutera à ses fonctions de maître d'école, la charge de commandant de la Garde Nationale de Plouaret (en 1822) et le commerce de débitant de tabac (1826)".

p. 119 (vue 60) :

Le premier instituteur dont il est fait mention dans les archives municipales en 1816 est M. Bonville qui enseignait au bourg et le sieur Le Prieur dans le hameau du Vieux-Marché.

En 1817, c'est le sieur Jean-Marie Thomas, ancien officier de Napoléon 1er, le conseil municipal lui allouant 200 F par an tant pour son loyer que pour l'enseignement gratuit donné aux indigents. Les élèves plus fortunés devaient payer personnellement : pour apprendre les lettres et épeler, 0,50 F par an ; pour lire en français et en latin, 0,75 F par an ; pour apprendre à traduire le français en breton, 1,25 F ; pour apprendre à écrire sous la dictée, 1,50 F. La grammaire, l'arithmétique, la géographie et l'arpentage, il fallait payer 2 F par an.

En 1830, le 16 novembre, le sieur Thomas est légalement autorisé à Plouaret ; le 26 novembre, le conseil municipal sans augmenter son traitement décide qu'aucun enfant ne suivra gratuitement l'école sans avoir eu au préalable un certificat d'indigence du maire.

En 1841, M. Thomas démissionne et est remplacé par M. Louis Constant Payart, ...

p. 133 et 134 (vue 67) :

La médaille de Sainte-Hélène, au lieutenant Jean-Marie Le Thomas, chevalier de la légion d'honneur.

... un ancien lieutenant des Armées de Napoléon 1er : Jean-Marie Le Thomas. Il avait sans doute tiré un mauvais numéro, à moins qu'il n'ait accepté d'être "suppléant", c'est-à-dire le remplaçant d'un autre selon un arrangement de gré à gré. Il était certainement astucieux, robuste et courageux, avec en plus des qualités de chef qui lui feront gravir les échelons de la hiérarchie militaire puisque c'est comme lieutenant qu'il recevra la Croix de chevalier de la légion d'honneur des mains du maréchal Ney, après le passage de la Bérésina en décembre 1812, lors de la retraite de Russie.

C'est certainement le premier Plouaretais décoré de notre grand ordre national à l'âge de 29 ans. Cette prestigieuse décoration était assortie d'une rente annuelle de 2.000 francs or (ce qui correspond à 4.000 de nos francs "lourds"). Selon un conte de François-Marie Luzel écrit en 1868, cette rente lui "permettait de joindre les deux bouts et de coucher avec sa bonne".

Après Waterloo, la restauration des Bourbons et le retour de Louis XVIII, les militaires ayant servi l'Empereur furent mis en disponibilité et ne reçurent qu'une demi-solde. Le lieutenant Le Thomas avait alors 32 ans. Il revint au pays et devint instituteur public à Plouaret avec l'autorisation de l'évêché. Il eut parmi ses élèves un autre Plouaretais célèbre, François-Marie Luzel, qui nous a laissé sur son maître d'école quelques savoureuses appréciations. Comme il arrivait parfois au jeune écolier, qui en cette époque romantique aimait vagabonder dans la campagne, d'arriver en retard en classe, il devait subir la dure discipline de l'ancien soldat de la grande armée : une demi-heure de piquet à genoux. Et plus tard, dans un conte intitulé "Henora Lestrezec", Luzel dépeint ainsi son maître, qui exerçait aussi les fonctions de chantre au lutrin de la paroisse : "Vieux magister de village à la trogne enluminée et accidentée d'énormes mamillaires, comme un tumulus gaulois labouré par les taupes". La contestation, comme on le voit, ne date pas d'aujourd'hui ! Par la suite, on octroya à Jean-Marie Le Thomas un bureau de tabac installé dans une grande chaumière construite en 1815, à l'angle des routes de Ploumilliau et de Lanvellec. ... ...

Ce solide baroudeur qui fut à Austerlitz, en Espagne, en Russie et à Waterloo 1, était né en 1783. ... ... Il mourut à 82 ans, le 21 février 1865. Il est enterré dans le cimetière de Plouaret. Sa tombe se trouve à droite du côté du calvaire. Une plaque sur la stèle porte son épitaphe :

Jean-Marie Le Thomas, lieutenant de Napoléon,
Chevalier de la Légion d'honneur. ...

1 Waterloo, c'était en 1815. Jean-Marie Le Thomas y était-il vraiment ? Je ne l'ai pas trouvé dans les 850.000 noms de soldats napoléoniens dans "Mémoire des hommes". Ni, par ailleurs, dans Leonore pour les décorés de la Légion d'Honneur.


Sources des informations



logo André Croguennec
 André J. Croguennec - Page créée le 8/5/2025, complétée le 29/9/2026.