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Jean-Marie Le Thomas, instituteur de Yan' Dargent à Plouaret | ![]() |
Georges Hanciau dans son livret Yan' Dargent sa vie et ses oeuvres, publié en 1889, nous dit que Yan' Dargent à la mort de sa mère fut confié "à l'un de ses oncles nommé Thomas, vieux chouan, maître d'école à Plouaret ...", sans plus de précision. Certains, comme dans le catalogue des oeuvres présentées en 1989, n'ont pas hésité à dire que "Pierre Robée confie l'enfant à Thomas Robée, son oncle instituteur à Plouaret".
En travaillant sur la famille de Pierre Robée, de façon très étendue, je n'ai de point trouvé quelqu'un qui se serait appelé "Thomas Robée", ni même quelqu'un qui porte le prénom "Thomas".
En recherchant un instituteur à Plouaret sur ces nom et prénom, j'ai fait "chou blanc". Par contre, le recensement de 1836 à Plouaret le plus ancien connu (AD22 en ligne vue n°6), nous donne ceci :
| 227 46 | Le Thomas | Jean-Marie | instituteur | marié | âge 52 ans | => né vers 1784 |
| 228 46 | Guyomar / femme Le Thomas | Françoise | débitante de tabac | mariée | âge 31 ans | => née vers 1805 |
| 229 46 | Le Thomas | Virginie | enfant | âge 11 ans | => née vers 1825 |
Ce Jean-Marie Le Thomas serait-il le "vieux chouan" cité pas Hanciau, "nommé Thomas", sans plus de précision. Serait-il peu ou prou parent à Pierre Robée ?
| Jean LE BLANCHE +1726 &1710 Vincente GUIASTRENNEC +1726 |
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| Françoise LE BLANCHE 1711-1771 & François LE ROUX |
Vincente LE BLANCHE 1722-1761 & Claude LE LUYER |
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| Françoise LE ROUX 1747-1800 &1775 Pierre ROBEE 1750-1818 |
Jeanne LE LUYER 1754-1831 &1779 Louis LE THOMAS 1749-1836 |
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| Pierre ROBEE 1776-1862 | Jean-Marie LE THOMAS 1783-1865 | ||||
Jean-Marie Le Thomas est donc le petit-cousin de Pierre Robée.
Voir le détail plus bas.
En outre, l'acte de baptême de Pierre Robée en 1776, nous apprend que son parrain était Pierre Le Luyer, qui signe, et sa marraine Anne Le Merer.
Or, il se trouve que Jeanne Le Luyer a eu deux frères nommés Pierre, natifs de Plouaret, qui ont vécu, l'un de 1748 à 1810 et l'autre de 1753 à 1802, et l'un des deux a très bien pu être le parrain de Robée. Tout ceci tend à renforcer l'hypothèse du lien familial présenté ici, et les relations entre Robée et Le Thomas.
Familles Le Thomas et Robée
Jean LE BLANCHE, décédé le 30 janvier 1726, Plouaret, maître.
Ce J.M. Le Thomas ne serait-il pas l'auteur du Dictionnaire manuscrit de Brézal. Dictionnaire qu'il commença à écrire au château de Brézal en 1814, alors même que Robée y résidait et exploitait la ferme de ce manoir.
Voir le chapitre consacré à ce dictionnaire.
Le 18 janvier 1817, lors de la réunion du conseil municipal, "le sieur Jean-Marie Le Thomas, instituteur primaire breveté pour cette commune, [est] appelé à la séance. Lecture lui a été donnée de ce qui le concerne [rétribution mensuelle par section, indemnité pour cours gratuits aux indigents et pour son logement] il a déclaré accepter les conditions prescrites, de remplir avec zèle les obligations de sa place et a signé." Il succède à M. Bonville.
Il restera le seul instituteur à Plouaret jusqu'en 1841, année où sa démission est notifiée par le conseil municipal le 25 mars. M. Payard, instituteur intérimaire, depuis la rentrée des classes, est nommé définitivement instituteur communal.
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Cadastre de 1835, section A du bourg
A propos de l'école, François-Marie Luzel a écrit :
" La récréation avait lieu sur la grande place du bourg, à l’ombre des grands marronniers fleuris et des ifs séculaires,
par dessus lesquels pointait gracieusement la flèche de granit du clocher avec le coq de cuivre doré au sommet de la croix. "
En 1838, une nouvelle école a été construite dans un bâtiment qui regroupait l'école et la mairie.
<< Presbytère
ECOLE et
La chaumière a été construite en 1815, comme l'atteste la date inscrite sur le linteau de la fenêtre centrale
Le Thomas, avec son épouse, était déjà marchand de tabac en 1826.
C'est donc dans cette maison que logea Yan' Dargent lors de son séjour à Plouaret.
"... on octroya à Jean-Marie Le Thomas un bureau de tabac installé dans une grande chaumière construite en 1815, à l'angle des routes de Ploumilliau et de Lanvellec". (Jean Piriou).

La chaumière de Jean-Marie Le Thomas, vue du clocher de Plouaret
Elle se trouve à l'angle de la route de Lanvellec et du chemin de Kerandic (ou Keraudy) à droite
Juste après la chapelle Sainte-Brigitte que l'on voit sur la gauche
Délibération du 26/12/1830
Ecole primaire - Le conseil municipal assemblé extraordinairement sous la présidence de M. le maire, d'après l'autorisation de M. le préfet du département de Côtes-du-Nord du cinq courant, inséré dans la lettre de M. le sous-préfet de l'arrondissement de Lannion du 11 du même mois. Vu l'ordonnance du Roy du 29/2/1816 concernant l'instruction primaire. Vu également le brevet de capacité et l'autorisation délivrée au sieur Le Thomas Jean-Marie par M. le recteur de l'académie de Rennes en date du 6 novembre dernier
Déclare autoriser ledit Sieur Le Thomas à enseigner dans la commune et le reconnaître pour le seul instituteur légalement autorisé d'enseigner dans la commune par le conseil et les autorités supérieures.
Vu en outre l'article 16 de l'ordonnance précitée portant que le conseil peut traiter avec l'instituteur pour fixer la rétribution que doivent payer les parens des enfants, et le nombre des indigens à être admis gratis à l'école à raison du traitement de 100 francs accordés à l'instituteur par la commune, le conseil a fixé le nombre des indigents à six et la rétribution comme suit, ledit Sieur Le Thomas entendu, qui nous a déclarer diviser son école en six sections, savoir :
Henora Lestrezec
Henora, la fille de Raoul de Lestrezec, châtelain dudit lieu, et Gabik Goazmeur, fils du meunier, étaient amoureux. Le père de Gabik alla demander la main d'Hénora à Lestrezec, mais fut éconduit. Le jeune homme s'engagea dans l'armée en espérant pouvoir revenir au pays après être monté en grade et couvert d'honneurs par ses actions d'éclat. Il espérait que dans ces conditions le père d'Hénora reviendrait sur sa décision.
Au début tout se passa comme prévu, Gabik devint officier, mais un jour il mourut dans un combat difficile. Quand Henora apprit la mort de son fiancé, elle perdit la raison, et elle imagina pendant des années que son Gabik reviendrait pour l'épouser. Lors d'un hiver rude, on la retrouva dans un bois de châtaigniers, presque à moitié nue dans la neige, "roide, glacée et blanche comme la neige qui commençait déjà à la recouvrir !".
Nous allions ainsi à l’école chez un vieux magister de village, à la trogne enluminée et accidentée d’éminences mamillaires, comme un vieux tumulus gaulois labouré par les taupes. Le brave homme n’avait jamais secoué bien rudement l’arbre de la science, quoiqu’il eût quelque temps porté la soutane, quoiqu’il chantât fort au lutrin de la paroisse et mit ses plus chères délices à faire journellement de nombreuses libations au dieu Bacchus. Io ! évohé ! évohé ! Malgré tout cela ou à cause de tout cela, peut-être, c’était un excellent homme, et chaque fois que je vais saluer le coq en cuivre doré du clocher de mon bourg, j’éprouve un bien doux plaisir à lui serrer la main, et à lui faire quelque citation d’Horace, de Virgile, d’Ovide ou de Cicéron, qu’il ne comprend guère 1, il est vrai ; mais cela lui donne une haute opinion de mon savoir, et le rend tout fier d’avoir fait un tel élève. Mais ce qui lui plaît bien plus que tout cela, c’est la libation obligée à Bacchus, le seul dieu, je crois, auquel il ait conservé un culte bien fervent.
Le brave homme ! je lui ai depuis longtemps pardonné les pensums, les pains secs, et les heures passées à genoux au milieu de la classe, pour avoir mêlé à mon français force expressions bretonnes (le breton était proscrit), pour arriver presque tous les jours trop tard en classe, avec des thèmes et des versions incomplets, et faire l’école buissonnière le plus souvent que je le pouvais, vieille habitude dont je n’ai jamais pu me défaire complétement, du reste. Et qui donc n’a jamais fait un peu l’école buissonnière ? Ah ! si vous saviez comme la route qui mène de Keramborgn au bourg de Plouaret est faite pour inviter à l’école buissonnière, et envoyer à tous les diables thèmes, versions et maître d’école, vous seriez disposé à l’indulgence et ne vous presseriez pas de me condamner, ni de me crier : Au fait ! au fait ! Veniamus ad eventum ! fussiez-vous maître d’école même ! Mais j’y songe, il n’y a plus de maîtres d’école, il faut dire instituteur primaire, n’est-ce pas ? ...
François-Marie Luzel dans Henora Lestrezec
1 Le jugement de Luzel est sans doute un peu hâtif ! Il ne savait peut-être pas que Le Thomas était bachelier es lettres et qu'il avait écrit le dictionnaire manuscrit de Brezal. Mais il savait pourtant qu'il avait porté la soutane et donc qu'il avait eu une instruction sérieuse dans un collège, d'autre part à Plouaret il enseignait le latin.
En 1831, l'école "contient 80 à 100 élèves tant de la commune de Plouaret que des communes circonvoisines" (source délibération du conseil municipal du 4/12/1831).
En 1838, on a construit une nouvelle école dans un bâtiment qui regroupe l'école la mairie : "Elle est tenue par M. Lethomas, et l'on y compte 128 enfants de l'un et l'autre sexe" (source Annuaire des Côtes-du-Nord de 1839).
Cela fait beaucoup d'élèves pour un seul maître. Cependant on sait qu'à cette époque l'absentéisme était important. Pour autant, en 1831, le sous-préfet de Lannion essaie de susciter la mise en place d'un enseignement mutuel. Dans ce type d'enseignement quelques élèves, les meilleurs reçoivent les connaissances directement auprès du maître et les transmettent ensuite aux autres élèves. Mais cette proposition du sous-préfet n'a pas été retenue par le conseil municipal. Après le départ de Jean-Marie Le Thomas en 1841 il y aura deux enseignants à Plouaret : un maître et une maîtresse.
Qui ont été les élèves bien connus ?
Yan' Dargent (1824-1899), bien sûr, au début des années 1830.
Mais aussi Francois-Marie Luzel (1821-1895), Fañch an Uhel e brezhoneg.
![]() Luzel, portrait par Yan' Dargent |
![]() François-Marie Luzel ![]() |
Luzel publie un recueil de poèmes personnels en 1865, Bepred Breizad. Il y célèbre la Bretagne, son peuple et sa langue. En 1943 paraîtra un autre livre, Ma c'horn bro.
Il collecte un énorme corpus de chants, contes, légendes et pièces de théâtre et put en faire la matière de plusieurs livres. L'essentiel de cette abondante collecte se fit dans tout le Trégor. Marguerite Philippe (en breton : Marc'harit Fulup) est la plus connue des personnes dont il a collecté la mémoire.
En 1868, il commence à publier les résultats de ses collectes. D'abord les Gwerziou (« Chants » ou complaintes), puis les Soniou (« Chansons »). Le second volume de gwerziou parait en 1874. Puis Luzel se consacre à la publication des "Contes et Récits populaires des Bretons armoricains".
En 1872, il met en cause l'authenticité des chants du Barzaz Breiz publié par Théodore Hersart de la Villemarqué trente-trois ans plus tôt. Les analyses de François-Marie Luzel seront étayées par Francis Gourvil, Donatien Laurent et Françoise Morvan.
En 1881, il devient Conservateur des Archives départementales du Finistère à Quimper.
En plus de son rôle d'instituteur, Le Thomas fut aussi :
Sur l'un des côtés du socle de la nouvelle tombe familiale, qui a remplacé celle de Jean-Marie Le Thomas, on peut lire l'inscription qui lui correspond.
A côté de ce socle, la famille a conservé la vieille pierre tombale. Contrairement à l'inscription sur la nouvelle tombe, il y est bien inscrit "Le Thomas" :
Ici repose le corps de Jean-Marie LE THOMAS - Lieutenant sous Napoléon - et Instituteur à Plouaret - Décédé le 21 février ... - Agé de 82 ans
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1 Tombe Corvez - Le Thomas 2 Tombes de la famille Luzel 3 Tombe d'Anjela Duval
A l'époque qui nous intéresse, Plouaret et Le Vieux-Marché était une seule et même commune. Leur séparation date du 20 mai 1866. François-Marie Luzel habitait au Vieux-Marché à Keramborgn, ce qui lui faisait une bonne distance pour se rendre à l'école du bourg de Plouaret à pied.
De Keramborgn à l'école de Plouaret 2,7 km à vol d'oiseau
" Ah ! si vous saviez comme la route qui mène de Keramborgn au bourg de Plouaret est faite pour inviter à l’école buissonnière. " ![]()
En face, le manoir - A droite, la maison de Luzel, où il organisait des veillées les soirs d'hiver, avec Marc'harit Fulup, notamment.
Plus bas, la maison de Luzel aujourd'hui
L'école buissonnière
Ah ! si vous saviez comme la route qui mène de Keramborgn au bourg de Plouaret est faite pour inviter à l’école buissonnière, et envoyer à tous les diables thèmes, versions et maître d’école, vous seriez disposé à l’indulgence et ne vous presseriez pas de me condamner, ni de me crier : Au fait ! au fait ! Veniamus ad eventum ! fussiez-vous maître d’école même ! Mais j’y songe, il n’y a plus de maîtres d’école, il faut dire instituteur primaire, n’est-ce pas ?
Comment en effet passer par le village du Keroué sans maltraiter un peu les noyers dont l’ombre s’étend sur le chemin, sans jeter des pierres aux pommes rouges ou jaunes qui sourient ironiquement dans le feuillage vert ; sans faire un peu la guerre aux poules et aux coqs rouges de Gaod Kerborro, et sans s’arrêter au haut du Roz (la colline) pour lancer, par la cheminée, quelques cailloux dans la pauvre chaumière de Jeanne Trédenn, située en bas, sous nos pieds ; comment encore passer devant le moulin et l’étang du Pontmeur sans s’arrêter quelques minutes à voir l’eau jaillir sur la roue du moulin, à admirer les poissons se jouant et se poursuivant dans l’onde transparente, égayés par un rayon de soleil, et à écouter le bruit de la cascade sur les roches moussues et noircies de l’écluse ?
Et le Roz de Rune-Riou, d’un aspect si pittoresque, et le Rubézenn, d’où l’on voit Penn-an-Roho et le Coz-Varc’hat, et Kerminihi, comment passer sans dire chaque matin bonjour à tout cela ?
Je les vois encore d’ici, du fond de ma mansarde, à Paris, où j’écris ces lignes, tout en rêvant du pays, et sans songer que l’heure du sommeil est sonnée. Je connais tous les arbres qui bordent le chemin, jeunes ou vieux, tapissés de mousse et de lierre, ou s’élançant hardiment vers le ciel avec une tige de haute futaie lisse et polie. Il n’en est pas un sur lequel je n’aie grimpé maintes fois pour dérober leurs nids et leurs couvées aux mésanges, aux geais, aux pies...
Tous ces rochers au milieu de la rivière, que de fois m’y suis-je assis en chantant quelque vieille ballade bretonne, et laissant pendre mes deux pieds au fil de l’eau transparente et claire !
O Parisiens, ces bonheurs-là vous sont inconnus, et vous ne pouvez vous imaginer comme ces chers souvenirs chantent doucement dans ma tête et parfument ma mansarde d’odeurs printanières et de bouffées d’air venues jusqu’à moi à travers les landes d’Armor, toutes chargées des émanations des aubépines et des sarrasins en fleur. Ayez donc quelque indulgence pour mes digressions ; sans elles ma petite histoire ne serait rien : et puis, j’ai appelé cette première partie : École buissonnière, il ne faut pas l’oublier.
Nous arrivions enfin au petit ruisseau de Pont-ar-Goazcan, où de malicieuses et gaies jeunes filles étaient toujours à laver et à jaser, et couraient souvent après nous pour nous agacer, ce dont nous nous trouvions bien malheureux.
Quand nous faisions notre apparition dans la classe, elle était, le plus souvent, sur le point de finir ; aussi n’entrions-nous qu’en tremblant, et comme des coupables qui vont s’entendre condamner. Mais une demi-heure à genoux au milieu de la classe, et du pain sec et de l’eau à dîner, qu’est-ce que cela quand on a douze ans ? Et comme nous oubliions vite cette petite et passagère humiliation, lorsque, la classe finie, la porte s’ouvrait pour nous laisser échapper, ou plutôt envoler, comme des oiseaux à qui l’on ouvre la porte d’une volière !
Francois-Marie Luzel X
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Extraits de Si Plouaret m'était conté par Jean Piriou
p. 114 et 115 :
... après l'effondrement de l'Empire, ... la Première Restauration ... l'ordonnance royale du 29 février 1816 organise l'instruction... l'instituteur primaire breveté pour la commune fut Jean-Marie Le Thomas, ancien officier de la Grande-Armée, qui ajoutera à ses fonctions de maître d'école, la charge de commandant de la Garde Nationale de Plouaret (en 1822) et le commerce de débitant de tabac (1826)". p. 119 (vue 60) : Le premier instituteur dont il est fait mention dans les archives municipales en 1816 est M. Bonville qui enseignait au bourg et le sieur Le Prieur dans le hameau du Vieux-Marché. En 1817, c'est le sieur Jean-Marie Thomas, ancien officier de Napoléon 1er, le conseil municipal lui allouant 200 F par an tant pour son loyer que pour l'enseignement gratuit donné aux indigents. Les élèves plus fortunés devaient payer personnellement : pour apprendre les lettres et épeler, 0,50 F par an ; pour lire en français et en latin, 0,75 F par an ; pour apprendre à traduire le français en breton, 1,25 F ; pour apprendre à écrire sous la dictée, 1,50 F. La grammaire, l'arithmétique, la géographie et l'arpentage, il fallait payer 2 F par an. En 1830, le 16 novembre, le sieur Thomas est légalement autorisé à Plouaret ; le 26 novembre, le conseil municipal sans augmenter son traitement décide qu'aucun enfant ne suivra gratuitement l'école sans avoir eu au préalable un certificat d'indigence du maire. En 1841, M. Thomas démissionne et est remplacé par M. Louis Constant Payart, ... p. 133 et 134 (vue 67) : La médaille de Sainte-Hélène, au lieutenant Jean-Marie Le Thomas, chevalier de la légion d'honneur. ... un ancien lieutenant des Armées de Napoléon 1er : Jean-Marie Le Thomas. Il avait sans doute tiré un mauvais numéro, à moins qu'il n'ait accepté d'être "suppléant", c'est-à-dire le remplaçant d'un autre selon un arrangement de gré à gré. Il était certainement astucieux, robuste et courageux, avec en plus des qualités de chef qui lui feront gravir les échelons de la hiérarchie militaire puisque c'est comme lieutenant qu'il recevra la Croix de chevalier de la légion d'honneur des mains du maréchal Ney, après le passage de la Bérésina en décembre 1812, lors de la retraite de Russie. C'est certainement le premier Plouaretais décoré de notre grand ordre national à l'âge de 29 ans. Cette prestigieuse décoration était assortie d'une rente annuelle de 2.000 francs or (ce qui correspond à 4.000 de nos francs "lourds"). Selon un conte de François-Marie Luzel écrit en 1868, cette rente lui "permettait de joindre les deux bouts et de coucher avec sa bonne". Après Waterloo, la restauration des Bourbons et le retour de Louis XVIII, les militaires ayant servi l'Empereur furent mis en disponibilité et ne reçurent qu'une demi-solde. Le lieutenant Le Thomas avait alors 32 ans. Il revint au pays et devint instituteur public à Plouaret avec l'autorisation de l'évêché. Il eut parmi ses élèves un autre Plouaretais célèbre, François-Marie Luzel, qui nous a laissé sur son maître d'école quelques savoureuses appréciations. Comme il arrivait parfois au jeune écolier, qui en cette époque romantique aimait vagabonder dans la campagne, d'arriver en retard en classe, il devait subir la dure discipline de l'ancien soldat de la grande armée : une demi-heure de piquet à genoux. Et plus tard, dans un conte intitulé "Henora Lestrezec", Luzel dépeint ainsi son maître, qui exerçait aussi les fonctions de chantre au lutrin de la paroisse : "Vieux magister de village à la trogne enluminée et accidentée d'énormes mamillaires, comme un tumulus gaulois labouré par les taupes". La contestation, comme on le voit, ne date pas d'aujourd'hui ! Par la suite, on octroya à Jean-Marie Le Thomas un bureau de tabac installé dans une grande chaumière construite en 1815, à l'angle des routes de Ploumilliau et de Lanvellec. ... ... Ce solide baroudeur qui fut à Austerlitz, en Espagne, en Russie et à Waterloo 1, était né en 1783. ... ... Il mourut à 82 ans, le 21 février 1865. Il est enterré dans le cimetière de Plouaret. Sa tombe se trouve à droite du côté du calvaire. Une plaque sur la stèle porte son épitaphe : Jean-Marie Le Thomas, lieutenant de Napoléon, |
1 Waterloo, c'était en 1815. Jean-Marie Le Thomas y était-il vraiment ? Je ne l'ai pas trouvé dans les 850.000 noms de soldats napoléoniens dans "Mémoire des hommes". Ni, par ailleurs, dans Leonore pour les décorés de la Légion d'Honneur.
Henora Lestrezec par François-Marie Luzel (Fañch an Uhel e brezhoneg)
À l’âge de douze ans je savais presque autant de latin que de français, c’est-à-dire aussi peu de l’un que de l’autre ; mais, en revanche, je savais bien le breton, que je n’oublierai de ma vie et dont la connaissance me procure encore les plus douces et les plus intimes jouissances.
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Tous les matins, pendant les beaux jours, nous partions, trois insouciants et espiègles gars du vieux manoir de Keramborgn, nous dirigeant vers le bourg de Plouaret, et emportant dans un panier quelques livres en lambeaux, et les provisions de bouche de la journée. Nous allions ainsi à l’école chez un vieux magister de village, à la trogne enluminée et accidentée d’éminences mamillaires, comme un vieux tumulus gaulois labouré par les taupes. Le brave homme n’avait jamais secoué bien rudement l’arbre de la science, quoiqu’il eût quelque temps porté la soutane, quoiqu’il chantât fort au lutrin de la paroisse et mit ses plus chères délices à faire journellement de nombreuses libations au dieu Bacchus. Io ! évohé ! évohé ! Malgré tout cela ou à cause de tout cela, peut-être, c’était un excellent homme, et chaque fois que je vais saluer le coq en cuivre doré du clocher de mon bourg, j’éprouve un bien doux plaisir à lui serrer la main, et à lui faire quelque citation d’Horace, de Virgile, d’Ovide ou de Cicéron, qu’il ne comprend guère, il est vrai ; mais cela lui donne une haute opinion de mon savoir, et le rend tout fier d’avoir fait un tel élève. Mais ce qui lui plaît bien plus que tout cela, c’est la libation obligée à Bacchus, le seul dieu, je crois, auquel il ait conservé un culte bien fervent.
Le brave homme ! je lui ai depuis longtemps pardonné les pensums, les pains secs, et les heures passées à genoux au milieu de la classe, pour avoir mêlé à mon français force expressions bretonnes (le breton était proscrit), pour arriver presque tous les jours trop tard en classe, avec des thèmes et des versions incomplets, et faire l’école buissonnière le plus souvent que je le pouvais, vieille habitude dont je n’ai jamais pu me défaire complétement, du reste. Et qui donc n’a jamais fait un peu l’école buissonnière ? Ah ! si vous saviez comme la route qui mène de Keramborgn au bourg de Plouaret est faite pour inviter à l’école buissonnière, et envoyer à tous les diables thèmes, versions et maître d’école, vous seriez disposé à l’indulgence et ne vous presseriez pas de me condamner, ni de me crier : Au fait ! au fait ! Veniamus ad eventum ! fussiez-vous maître d’école même ! Mais j’y songe, il n’y a plus de maîtres d’école, il faut dire instituteur primaire, n’est-ce pas ?
...
Quand nous faisions notre apparition dans la classe, elle était, le plus souvent, sur le point de finir ; aussi n’entrions-nous qu’en tremblant, et comme des coupables qui vont s’entendre condamner. Mais une demi-heure à genoux au milieu de la classe, et du pain sec et de l’eau à dîner, qu’est-ce que cela quand on a douze ans ? Et comme nous oubliions vite cette petite et passagère humiliation, lorsque, la classe finie, la porte s’ouvrait pour nous laisser échapper, ou plutôt envoler, comme des oiseaux à qui l’on ouvre la porte d’une volière !
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La récréation avait lieu sur la grande place du bourg, à l’ombre des grands marronniers fleuris et des ifs séculaires, par dessus lesquels pointait gracieusement la flèche de granit du clocher avec le coq de cuivre doré au sommet de la croix. Et là on oubliait les pensums, les punitions et les devoirs, et ce n’était partout qu’activité, cris, rires et jeux divers, jeux de galoche, de toupies, de barres, cheval fondu, que sais-je encore ?
Et cependant il fallait se tenir sur ses gardes, et se méfier de deux ou trois drôles qui rôdaient sournoisement autour des jeux, se mêlaient aux groupes les plus animés, et saisissaient au vol les mots bretons ou les phrases douteuses et bizarres échappées dans la chaleur des discussions et l’animation des parties de barres ou de toupies.
Mais qu’était-ce donc que ces vilains rôdeurs ? me direz-vous. Quoi ! déjà des espions ? là aussi ?
Eh ! mon Dieu, oui, c’étaient bien des espions, comme vous le dites, il n’y a pas à le contester. Leur air inquiet et leur œil inquisiteur, leur oreille tendue et toujours aux aguets, leurs allures mystérieuses, leurs questions insidieuses, leurs provocations perfides, tout chez eux révélait l’espion.
- Et pourquoi, dans quel but espionner des camarades ?
- Ah ! c’est qu’ils avaient le symbole.
- Le symbole ? dites-vous, le symbole de quoi ? le symbole de qui ?
- Ah ! c’est vrai, ce mot vous paraît bien étrange et bien déplacé ici. Mais voici ce qu’il signifiait parmi nous.
Comme nous savions tous le breton, comme c’était la langue que nous avions sucée, pour ainsi dire, avec le lait de notre nourrice, celle qui se parlait et qui se chantait partout et toujours autour de nous ; comme nos parents nous envoyaient à l’école pour apprendre, avant tout, un peu de français, puis pour apprendre à lire et à griffonner des caractères si bizarres et si fantasques, que M. Champollion s’en serait tiré moins facilement que des hiéroglyphes gravés sur les pylônes et les monolithes de l’Égypte, le breton dut être proscrit à l’école, et cela à notre grand désespoir. Aussi, tout écolier convaincu d’avoir bretonné, ou d’avoir orné son langage d’expressions celtiques ou douteuses, était-il sur le champ symbolé, c’est-à-dire qu’on le forçait de prendre un anneau de métal, ou un morceau de bois ovale percé d’un trou qui donnait passage à une ficelle. Quelquefois des discussions terribles s’engageaient sur la valeur d’un mot, et, pour trancher le différend, on avait plus souvent recours au poing qu’au dictionnaire de l’Académie, qui avait peu de crédit auprès de nous, par la raison que nous y constations l’absence d’une foule de mots que nous soutenions être français et du meilleur.
L’écolier symbolé avait tout intérêt à se défaire de son maudit anneau, car s’il en était porteur à l’heure des repas, il restait debout au milieu du réfectoire, ayant pour toute pitance du pain sec et de l’eau, pendant que ses heureux camarades mangeaient à son nez de bon boeuf appétissant, de savoureuses tranches de lard, et buvaient du piot (cidre).
Vous n’en voulez plus autant à notre espion, n’est-ce pas ?
- Mais, me direz-vous, pourquoi ce mot de symbole pour signifier une chose si simple ?
- Ah ! voilà ! on n’a jamais pu le savoir. Cependant, si je m’écoutais, et si je ne craignais pas de vous ennuyer, je saurais bien en donner des raisons, et j’ouvrirais ici une longue parenthèse pour prouver que cela doit être renouvelé des Grecs ou des Romains. C’est d’ailleurs la mode aujourd’hui de tout symboliser, et les penseurs, les esprits forts, les savants voient partout des symboles. Mais comme je ne suis rien de tout cela, j’aime mieux n’y voir tout simplement que ce qu’il signifiait pour nous autres, pauvres écoliers d’un obscur bourg de Basse-Bretagne, que nous aimons tous, et que ceux de nous qui l’ont quitté pour aller au loin chercher la fortune, la science, le bonheur, insaisissable Protée qui vous séduit sous de fallacieuses apparences et qui vous leurre toujours, regrettent bien à présent, et voient souvent dans leurs rêves...
Le bonheur était là, sur ce même rocher /
D’où nous sommes partis un jour pour le chercher.
Croyez bien que, si les heures de classe nous paraissaient toujours d’une longueur désespérante, celles des récréations, au contraire, s’envolaient à tire-d’aile avec une rapidité désolante. C’étaient tous les jours quelques sujets nouveaux et variés de distractions et de joyeux ébattements.
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| André J. Croguennec - Page créée le 8/5/2025, complétée le 29/9/2026. | |